Alors que l’Algérie prétend lutter avec rigueur contre la corruption, l’affaire des fils de Gaïd Salah jette une ombre sur la cohérence de cette volonté affichée. Malgré des preuves accablantes, ils n’iront pas en prison. Un jugement à huis clos, une fortune saisie, mais aucune détention : ce traitement soulève une vague d’indignation et d’interrogations.
Une affaire de corruption d’envergure
Les fils de l’ancien chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, figure militaire centrale entre 2004 et 2019, sont accusés d’avoir accumulé une fortune illégitime à travers le trafic d’influence, des pots-de-vin et des marchés publics truqués. Les premières investigations, amorcées fin 2023, ont révélé un réseau complexe mêlant affaires immobilières, sociétés-écrans et blanchiment d’argent.
Un jugement discret et controversé
Le 20 février 2025, un jugement est discrètement prononcé par le tribunal militaire de Blida. Résultat : deux ans de prison avec sursis et la saisie partielle de leur patrimoine. Aucun mandat de dépôt n’a été émis, aucune détention préventive, un fait rarissime dans le traitement des affaires similaires en Algérie. Le silence qui a entouré ce procès n’a été brisé que lorsque les saisies ont commencé à être exécutées, fin avril.
Une fortune colossale bâtie dans l’ombre du pouvoir
Les fils de Gaïd Salah n’ont pas simplement profité du nom de leur père. Ils ont constitué un véritable empire économique dans l’immobilier, l’import-export, la presse régionale, les matériaux de construction, ou encore les emballages plastiques. En l’absence de parcours professionnel solide ou d’investissement à long terme, ces activités s’apparentent davantage à des opérations de spéculation et de blanchiment qu’à de l’entrepreneuriat durable.
Un traitement judiciaire à deux vitesses qui interroge
L’élément le plus choquant reste l’inégalité flagrante dans l’application de la justice. Alors que des dizaines de généraux, anciens ministres et Premiers ministres ont écopé de longues peines de prison (souvent 10 à 20 ans), les enfants de Gaïd Salah ont été épargnés par la détention. Ce privilège nourrit le sentiment d’un système judiciaire à géométrie variable, influencé par les réseaux de pouvoir.
Tebboune, protecteur de l’héritage Salah ?
Plusieurs sources affirment que c’est Abdelmadjid Tebboune lui-même qui serait intervenu pour éviter l’incarcération des fils de son ancien mentor. Gaïd Salah, en orchestrant la transition politique post-Bouteflika, aurait permis à Tebboune d’accéder à la magistrature suprême. Une promesse faite à la famille Salah, notamment à la veuve du général, expliquerait cette clémence sans précédent.
Sofiane Aïch, le général qui a tout révélé
L’accélération du dossier judiciaire est attribuée à l’arrestation spectaculaire du général Sopiane Aïch, ancien responsable de l’infrastructure militaire. Lors de son interrogatoire, il révèle que les fils de Gaïd Salah étaient les véritables bénéficiaires des marchés publics truqués. Il les accuse même de lui avoir donné des ordres et d’avoir partagé les pots-de-vin. Ses témoignages ont été déterminants… mais n’ont pas suffi à envoyer les fils de Salah en prison.
Une justice sélective qui nuit à l’image de l’État
L’opinion publique ne s’y trompe pas : ce traitement de faveur a des conséquences désastreuses sur la crédibilité de l’État algérien. La lutte contre la corruption, censée redorer l’image du pays, devient suspecte lorsqu’elle épargne les proches du pouvoir. Le contraste avec les peines lourdes infligées à d’autres hauts responsables, civils ou militaires, alimente l’idée d’une justice instrumentalisée et profondément inéquitable.
Le dossier des fils de Gaïd Salah cristallise les tensions entre apparence de justice et réalité politique. Si l’on peut débattre de l’efficacité de l’incarcération dans les affaires de corruption, l’iniquité flagrante des traitements choque. L’Algérie aurait pu choisir la cohérence, la transparence et la morale. En optant pour l’opacité et la protection d’un clan, elle risque de perdre bien plus qu’une affaire : sa crédibilité, sa légitimité et la confiance de son peuple.

