Confronté à l’arrivée massive de migrants expulsés par l’Algérie, le Niger lance une opération de rapatriement d’urgence, avec le soutien de l’OIM. Une gestion de crise rendue d’autant plus complexe par les contradictions de la politique migratoire algérienne.
À Assamaka, porte d’entrée désertique entre le Niger et l’Algérie, la situation humanitaire se dégrade chaque semaine. En avril, plus de 6 000 migrants ont été refoulés vers cette localité isolée, dans des conditions que plusieurs ONG jugent préoccupantes. En réponse à cette pression croissante, Niamey a annoncé, début mai, un plan de rapatriement visant plus de 4 000 personnes d’ici juillet. Objectif : désengorger les centres d’accueil saturés et prévenir une crise humanitaire dans la région d’Agadez.
Depuis plusieurs années, l’Algérie procède régulièrement à des expulsions de migrants subsahariens, souvent sans coordination avec les pays d’origine. Si les ressortissants nigériens sont les plus nombreux à être concernés, les vagues récentes incluent également des Maliens, Guinéens, Tchadiens ou Camerounais. Le rythme s’accélère : depuis janvier 2024, plus de 31 000 migrants ont été expulsés par l’Algérie vers le Niger, selon l’ONG Alarme Phone Sahara.
Centres saturés, situation sanitaire dégradée
Dans les centres de transit de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), les capacités d’accueil sont largement dépassées. « Nous ne pouvons plus faire face seuls », a déclaré le gouverneur d’Agadez, le général Ibrah Boulama Issa, à la télévision publique nigérienne. Eau potable, soins médicaux, alimentation : les ressources manquent.
Face à cette situation, les autorités nigériennes accélèrent les retours volontaires. L’OIM, appuyée par des partenaires internationaux, facilite le rapatriement des migrants vers leurs pays d’origine, principalement d’Afrique de l’Ouest et centrale. Mais la montée en charge est lente, et la situation sur le terrain reste critique.

Migrants expulsés par l’Algérie : une politique migratoire à géométrie variable
Le traitement réservé aux migrants expulsés par l’Algérie contraste fortement avec l’attitude adoptée par Alger face aux Obligations de Quitter le Territoire Français (OQTF) concernant ses propres ressortissants. Depuis plusieurs années, l’Algérie refuse systématiquement de délivrer les laissez-passer consulaires nécessaires à l’exécution des OQTF émis par la France. Ce blocage diplomatique avait même conduit, en 2021, à une réduction drastique du nombre de visas délivrés aux citoyens algériens.
Ce double discours met en lumière une politique migratoire asymétrique : l’État algérien protège ses ressortissants à l’étranger mais ne respecte pas les droits fondamentaux des migrants présents sur son sol. Ces derniers sont arrêtés, acheminés vers le sud du pays, puis abandonnés dans des zones frontalières hostiles, sans prise en charge ni procédure juridique transparente.
Une gestion régionale en panne, une solidarité à reconstruire
La crise des migrants expulsés par l’Algérie dépasse le seul cadre bilatéral. Elle révèle les lacunes d’une gestion concertée de la migration au Sahel et dans le Maghreb. Le Niger, pays de transit devenu malgré lui pays d’accueil, n’a ni les moyens ni les infrastructures pour supporter un tel fardeau humanitaire.
Le ministre nigérien de l’Intérieur, le général Mohamed Toumba, a rappelé dès janvier 2025 la nécessité d’un appui renforcé de la part des agences onusiennes comme le HCR et l’OIM. Il a également souligné les risques sécuritaires liés à la concentration prolongée de populations fragilisées dans une zone marquée par l’instabilité.
Une urgence humanitaire, un enjeu géopolitique
La multiplication des expulsions de migrants par l’Algérie fragilise un peu plus la région, déjà éprouvée par les défis sécuritaires, économiques et climatiques. Si le Niger tente de répondre avec les moyens du bord, il lui est désormais indispensable de recevoir un soutien massif, à la fois logistique et financier, de la part de ses partenaires africains et européens.
Au-delà des chiffres, ce sont des parcours brisés, des familles disloquées, des existences réduites à l’errance. Face à cette réalité, le silence complice de nombreux États apparaît de plus en plus insoutenable.

