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Force unifiée AES : premier bilan opérationnel quatre mois après son lancement

by athena01
9 avril 2026
in Géopolitique, Sahel
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La force unifiée AES, lancée en décembre 2025, compte 6 000 soldats. Quatre mois après, quel bilan face au JNIM et à l'ISSP ?

Force unifiée AES - premier bilan opérationnel quatre mois après son lancement

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Le 20 décembre 2025, à la base aérienne de Bamako, le général Assimi Goïta a présidé la remise de l’étendard à la Force unifiée de la Confédération des États du Sahel. Ce moment symbolique marquait l’aboutissement de deux ans de négociations entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Quatre mois plus tard, la force unifiée AES entre dans sa phase opérationnelle, avec un effectif porté à 6 000 hommes et un poste de commandement installé à Niamey. La question centrale reste entière : cette troisième tentative sahélienne de défense collective peut-elle tenir ses promesses face à une insécurité qui continue de s’aggraver ?

Une architecture militaire inédite dans le Sahel

La Force unifiée de l’AES se distingue structurellement de ses prédécesseurs. Contrairement aux bataillons du G5 Sahel, qui opéraient dans des secteurs géographiques délimités avec un droit de poursuite limité à 100 kilomètres de part et d’autre des frontières nationales, les unités de la FU-AES sont destinées à intervenir librement sur l’ensemble du territoire des trois pays. C’est une rupture majeure dans la doctrine régionale.

Le poste de commandement est installé à Niamey, sur la base aérienne 101, ancien site de l’opération Barkhane. L’état-major est dirigé par le colonel Éric Dabiré, officier burkinabè ayant déjà exercé des fonctions de commandement régional. La force dispose de moyens aériens, de services de renseignement et d’équipements mutualisés.

Sur le plan du financement, les trois pays ont décidé, le 28 mars 2025, d’instaurer un prélèvement de 0,5 % sur les importations pour financer les institutions confédérales, dont la FU-AES. En parallèle, les pays de l’AES diversifient leurs partenariats militaires pour éviter toute dépendance à un seul partenaire extérieur. L’équipement et les armes proviennent ainsi de Russie, de Turquie, d’Iran et de Chine.

Une première opération trilatérale concluante

Entre le 24 février et le 6 mars 2025, l’opération conjointe « Yere-Ko 2 » a constitué la première démonstration militaire d’envergure de cette coopération. Menée dans la zone des « trois frontières », à cheval sur le Mali, le Burkina Faso et le Niger, elle visait les bastions du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et de l’État islamique au Sahel. Coordonnée depuis le poste de commandement interarmées de Gao, au Mali, l’opération a mobilisé des unités terrestres, appuyées par des moyens aériens et du renseignement partagé. Selon les bilans communiqués par les états-majors, plusieurs bases jihadistes auraient été démantelées, des combattants neutralisés ou capturés, et d’importants stocks logistiques saisis.

Dès lors, cette opération a montré que les trois armées pouvaient, pour la première fois, conduire ensemble des actions militaires coordonnées d’envergure. Cependant, transformer cette dynamique ponctuelle en dispositif durable constitue un défi d’une tout autre ampleur.

Un contexte sécuritaire qui continue de se dégrader

L’offensive du JNIM en février 2026

Quatre mois après le lancement officiel de la force, l’environnement opérationnel reste particulièrement hostile. Le mois de février 2026 a été marqué par plusieurs assauts du JNIM contre les forces armées et les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), entraînant la mort de plus de 130 personnes en une dizaine de jours, selon l’ONG ACLED.

Une quarantaine d’agents des eaux et forêts ont été tués, le 14 février 2026, lors d’une attaque jihadiste visant un poste forestier dans l’est du Burkina Faso. Le JNIM a revendiqué cette attaque. Entre le jeudi précédent et le dimanche suivant, le nord et l’est du Burkina Faso ont été la cible d’une série d’attaques qui ont fait au total plusieurs dizaines de morts. Par ailleurs, le 29 janvier 2026, l’aéroport international Diori Hamani de Niamey a lui-même subi une attaque, soulignant la capacité du JNIM à frapper des cibles urbaines stratégiques.

En 2025, le JNIM avait déjà gravement perturbé l’approvisionnement en carburant de Bamako, une ville de plus de quatre millions d’habitants, en ambusquant à répétition des convois escortés par l’armée malienne. Crisis Group Cette stratégie de blocus illustre la montée en puissance des capacités du groupe, désormais en mesure de peser sur les économies nationales autant que sur les forces de sécurité.

Un terrorisme qui s’adapte et s’étend

Les dynamiques transfrontalières du Liptako-Gourma, favorisées par la porosité des frontières, continuent de nourrir l’expansion du JNIM et de l’État islamique au Sahel. Selon le Global Terrorism Index 2026, le Sahel devrait rester l’épicentre mondial du terrorisme en 2026.

Toutefois, une nuance s’impose. Le même Global Terrorism Index 2026 indique que dix pays d’Afrique subsaharienne ont enregistré une baisse des décès liés au terrorisme. Le Burkina Faso enregistre la plus forte baisse au niveau mondial avec une diminution de 45 % des décès, tandis que le Mali enchaîne une troisième année consécutive de recul avec une baisse de 42 %. Ces chiffres portent sur 2025 et n’intègrent pas encore les données de 2026. Ils doivent, par conséquent, être interprétés avec prudence.

Les limites structurelles de la force unifiée AES

Le défi de l’interopérabilité

Les armées des trois pays membres, bien qu’unies dans leur rejet de certaines formes d’ingérence extérieure, présentent des niveaux disparates de professionnalisation, d’équipement et d’adaptation doctrinale, ce qui complique l’interopérabilité opérationnelle et la montée en puissance d’une force commune crédible.

En outre, l’efficacité de la FU-AES dépendra de la clarté avec laquelle son rôle est articulé avec celui des forces nationales de défense et de sécurité, y compris des composantes qui ne relèvent pas formellement de son commandement. Cette ambiguïté de commandement constitue un risque opérationnel réel.

L’isolement diplomatique comme facteur aggravant

La CEDEAO et l’AES n’ont pas réussi à collaborer, et aucun mécanisme de coordination n’existe pour l’instant entre leurs initiatives parallèles respectives. Or cette fracture produit des effets concrets sur le terrain. Les tensions entre les pays de l’AES et leurs voisins ont isolé ces États davantage et ont exercé une pression sociale sur les populations, qui font face à une hausse des prix des biens et à des difficultés d’accès aux produits de première nécessité.

Malgré la mise en place d’une force commune, les défis persistent pour les États membres, confrontés à une violence armée tenace, à des difficultés financières, à des besoins logistiques considérables et à l’absence d’un cadre supranational pleinement opérationnel.

La dépendance au partenaire russe

Le partenariat militaire avec la Russie joue un rôle central dans l’équipement de la force. Moscow a finalisé en avril 2025 des accords de fourniture d’armements spécifiques, de matériels et de formations spécialisées à la FU-AES. Africa Corps, le successeur du groupe Wagner, est en particulier engagé dans des opérations de combat au Mali. Au Burkina Faso et au Niger, en revanche, son rôle se limite à des missions d’entraînement. Cette dépendance variable selon les pays fragilise la cohérence globale du dispositif.

Un bilan en demi-teinte, une trajectoire encore ouverte

L’objectif affiché d’une pleine capacité opérationnelle à partir de 2026 demeure d’actualité, même si la force reste largement adossée aux armées nationales existantes. L’opération « Yere-Ko » a certes montré que Mali, Burkina Faso et Niger pouvaient conduire ensemble des opérations militaires coordonnées d’envergure. Mais transformer cette dynamique en un dispositif durable, capable de stabiliser le Sahel central, nécessitera bien davantage qu’une convergence sécuritaire.

Pour relever le défi, l’AES et les États de la CEDEAO devraient commencer par des formes pragmatiques et limitées de coopération sécuritaire, plutôt que des cadres régionaux ambitieux, difficiles à mettre en œuvre rapidement. Des premières étapes pourraient inclure la reprise graduelle du partage de renseignements sur les mouvements transfrontaliers de militants et des échanges techniques entre services de sécurité.

En définitive, la force unifiée AES représente une rupture institutionnelle réelle dans l’histoire de la sécurité sahélienne. Elle bénéficie d’un volonté politique convergente, d’une autorité de commandement clairement définie, et d’une base de financement propre. Pourtant, ces atouts structurels ne suffiront pas si l’environnement opérationnel continue de se détériorer et si l’isolement diplomatique du bloc AES rend impossible toute coopération régionale élargie. La Foire internationale multisectorielle de l’AES, annoncée pour mai 2026 à Ouagadougou, signale une volonté d’approfondir l’intégration confédérale bien au-delà du seul volet militaire. C’est peut-être dans cette combinaison de souveraineté défensive et de développement économique endogène que réside la véritable réponse au défi sécuritaire sahélien.

FAQ – Force unifiée AES

Quand a été lancée la force unifiée AES et combien de soldats la composent ?

La force unifiée AES a été officiellement lancée le 20 décembre 2025, lors d’une cérémonie à Bamako présidée par Assimi Goïta. Elle comptait initialement 5 000 soldats. En février 2026, le président nigérien Abdourahamane Tiani a annoncé un renforcement de l’effectif à 6 000 hommes. Son état-major est installé à Niamey, à la base aérienne 101, et placé sous le commandement du colonel Éric Dabiré.

Quelle a été la première opération militaire conjointe de la force unifiée AES ?

L’opération Yere-Ko 2, menée entre le 24 février et le 6 mars 2025, constitue la première démonstration trilatérale d’envergure. Elle ciblait les positions du JNIM et de l’État islamique au Sahel dans la zone des trois frontières. Les états-majors ont affirmé avoir démantelé plusieurs bases jihadistes. Cependant, les résultats reposent sur des bilans officiels non vérifiables de manière indépendante.

Quelles sont les principales limites structurelles de la force unifiée AES ?

Trois obstacles majeurs freinent la montée en puissance de la force. D’abord, les niveaux disparates d’équipement et de formation des trois armées compliquent l’interopérabilité. Ensuite, l’absence de cadre supranational pleinement opérationnel nuit à la rapidité des interventions. Enfin, l’isolement diplomatique de l’AES vis-à-vis de la CEDEAO empêche toute coordination régionale élargie face à des groupes armés qui opèrent, eux, sans frontières.

Comment la force unifiée AES se distingue-t-elle du G5 Sahel ?

Contrairement au G5 Sahel, la FU-AES dispose d’une autorité de commandement totale sur ses troupes. Ainsi, elle peut les déployer sans l’approbation préalable des états-majors nationaux. Par ailleurs, ses unités peuvent intervenir sur l’ensemble du territoire des trois pays, sans restriction géographique. Le G5 Sahel limitait, lui, les opérations à des secteurs délimités et à un droit de poursuite de 100 kilomètres.

La situation sécuritaire s’est-elle améliorée depuis la création de la force unifiée AES ?

Le bilan est contrasté. Le Global Terrorism Index 2026 indique une baisse des décès liés au terrorisme au Mali et au Burkina Faso en 2025. Pourtant, le mois de février 2026 a enregistré plus de 130 morts en dix jours sous l’effet d’offensives du JNIM au Burkina Faso. Le Sahel demeure ainsi l’épicentre mondial du terrorisme. La force unifiée AES représente donc un progrès institutionnel réel, mais sans résultats encore décisifs sur le terrain.

Tags: À la UneAlgérieAlgérie-Sahel
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