Axe sécuritaire sahélien : le Niger et la Libye scellent une alliance stratégique
La mise en place d’un axe sécuritaire sahélien entre la Libye et le Niger se dessine suite à la visite du général Saddam Haftar, chef des forces terrestres de l’Armée nationale libyenne (ANL) et fils du maréchal Khalifa Haftar, à Niamey le 22 mai 2025. Accueilli avec les honneurs par les autorités nigériennes, il a rencontré le Premier ministre Mahamane Ali Lamine Zeine, le ministre de l’Intérieur Mohamed Toumba, ainsi que le président de la transition, le général Abdourahamane Tiani.
Derrière cette visite discrète mais symbolique, une dynamique claire émerge : bâtir un partenariat stratégique pour contrer les menaces transfrontalières et redessiner les équilibres sécuritaires dans un Sahel en pleine recomposition.
Un axe sécuritaire sahélien : priorité géostratégique de Niamey
Depuis le coup d’État de juillet 2023, le Niger a tourné le dos à la CEDEAO pour s’aligner sur de nouveaux partenaires régionaux, notamment le Mali, le Burkina Faso… et désormais la Libye orientale. Ce rapprochement vise à établir un axe sécuritaire sahélien solide, capable de répondre aux défis croissants dans la région : terrorisme, trafics transfrontaliers, migration irrégulière.
Pourquoi cet axe est-il crucial ?
Le Niger et la Libye partagent une frontière de 342 kilomètres, peu surveillée et souvent utilisée par des groupes armés.
Les deux pays font face à des menaces similaires et doivent coordonner leurs efforts pour sécuriser le Sahel.
Le Niger a lancé l’opération « Garkoi » pour renforcer ses frontières, en particulier avec la Libye et l’Algérie.
Objectifs d’un axe sécuritaire sahélien
La visite de Saddam Haftar à Niamey n’est pas une simple formalité diplomatique. Elle marque le début d’une coopération sécuritaire structurée autour de quatre piliers :
1. Renforcement du contrôle frontalier
La frontière nigéro-libyenne est une zone grise où opèrent milices, passeurs, trafiquants et groupes terroristes. L’objectif est de déployer une surveillance conjointe et de renforcer les capacités militaires des deux côtés.
2. Lutte contre les groupes armés
Les deux pays veulent échanger leurs renseignements et coordonner leurs actions militaires pour neutraliser les menaces terroristes transfrontalières, notamment au nord du Niger.
3. Coopération logistique autour de la base de Madama
La base militaire de Madama est un point stratégique pour le Niger. Elle pourrait être utilisée comme plateforme d’opérations partagées avec les forces libyennes.
4. Enjeux économiques et énergétiques
Au-delà du militaire, le dialogue aborde des enjeux énergétiques communs, notamment autour des routes pétrolières, de la sécurité des infrastructures et du commerce transsaharien.
La Russie en soutien de l’axe sécuritaire sahélien
Cette alliance régionale s’inscrit dans une reconfiguration des influences géopolitiques. Depuis plusieurs années, le maréchal Haftar bénéficie du soutien de Moscou, via des mercenaires, des conseillers militaires et un appui politique constant.
En arrière-plan, la Russie soutient l’axe sécuritaire sahélien comme un levier pour s’implanter durablement dans la région. Ce soutien renforce aussi la position du Niger, qui s’émancipe progressivement de ses partenaires traditionnels occidentaux.
Réactions régionales : inquiétude d’Alger et repli de l’Occident
L’Algérie sur la défensive
L’Algérie, qui partage également une frontière sensible avec le Niger, redoute une déstabilisation régionale accrue. L’influence russe au sud de ses frontières est une source d’irritation, tout comme l’alignement croissant des régimes militaires sahéliens.
Méfiance occidentale
Du côté de l’Union européenne et des États-Unis, ce partenariat est perçu comme une provocation géopolitique. Il s’ajoute à une série de reculs diplomatiques subis au Sahel depuis l’éviction de la France par plusieurs régimes militaires.
Vers un nouveau modèle de souveraineté sahélienne ?
L’axe sécuritaire sahélien entre le Niger et la Libye orientale ne se limite pas à des questions militaires. Il représente une nouvelle voie pour la souveraineté régionale, fondée sur la coopération entre États sahéliens eux-mêmes, sans tutelle extérieure.
Ce modèle reste à tester dans la durée. Mais pour les dirigeants nigériens comme pour le clan Haftar, il s’agit déjà d’un tournant stratégique. Le Sahel ne veut plus subir la guerre contre le terrorisme. Il veut la conduire selon ses propres règles.

