Le 24 mai 2025 marquera un tournant pour les services secrets algériens. Le retour du général Hassan, figure légendaire du renseignement, à la tête de la DGSI, pourrait redéfinir les équilibres du pouvoir. Derrière cette nomination se joue l’avenir de l’État algérien.
Le retour du général Hassan: une réhabilitation aussi spectaculaire qu’inattendue
Le retour du général Hassan n’était plus envisagé. À 75 ans, Abdelkader Aourabi, dit “général Hassan”, avait disparu des radars. Ancien chef du SCORAT (unité d’élite antiterroriste), il avait été écarté puis emprisonné. Annoncé malade, fatigué, retiré, il revient pourtant au sommet. Sa nomination à la DGSI n’est pas anodine. Elle symbolise une volonté de reprise en main ferme et stratégique des services de renseignement.
Pourquoi la DGSI est au cœur du pouvoir algérien
La DGSI algérienne est bien plus qu’un simple service. C’est le cœur névralgique de l’État sécuritaire. Elle gère le contre-espionnage, la lutte antiterroriste, la cybercriminalité, la corruption et les crimes économiques. Depuis 2020, son efficacité décline. Une instabilité chronique a fragilisé son autorité. Chaque année ou presque, son directeur est remplacé. Cette rotation incessante a affaibli la chaîne de commandement. Le retour du général Hassan vise à restaurer cette autorité perdue.
Le premier test : affronter l’entourage présidentiel
Le retour du général Hassan ne sera pas un long fleuve tranquille. Ses premiers jours seront décisifs. Depuis l’ère Tebboune, des conseillers de la présidence interfèrent dans les affaires sécuritaires. Hassan, militaire d’État, rejette cette dérive. Pour lui, seul le président – ou le chef d’état-major – peut dialoguer avec la DGSI. Il risque donc d’entrer rapidement en conflit avec ces acteurs non légitimes.
Ce sera son premier test : imposer une culture d’État face à des pratiques de courtisans.
Le second test : contrôler la caserne Antar
La DGSI ne se limite pas à son siège de Douera. Son pouvoir opérationnel est concentré à la caserne Antar, à Ben Aknoun. Ce site stratégique est dirigé par le colonel Tarek, proche de l’ancien patron évincé. Le retour du général Hassan implique logiquement la nomination de ses propres hommes. Pour réussir, il devra imposer un fidèle à la tête d’Antar. S’il échoue, une dualité de pouvoir s’installera, au détriment de la cohésion des services.
Le retour du général Hassan, ou celui de la doctrine DRS
Ce retour symbolise aussi celui d’une certaine doctrine sécuritaire. L’école de la DRS, issue de l’époque Toufik, est autoritaire mais structurée. Elle combine répression, intelligence politique et compromis. Le général Hassan est l’un de ses héritiers. Il connaît les limites de la force brute. Il sait qu’un régime ne peut fonctionner sans soupapes de sécurité : liberté relative de la presse, opposition tolérée, pluralisme encadré.
Une recomposition stratégique du pouvoir algérien
Historiquement, le pouvoir algérien repose sur trois piliers : la présidence, l’état-major, et les services secrets. Depuis 2019, cet équilibre est rompu. Le retour du général Hassan à la tête de la DGSI vise à restaurer cet équilibre. Mais pour y parvenir, il devra :
Reprendre le contrôle complet de la DGSI
Imposer l’autonomie du renseignement
Limiter l’ingérence des conseillers présidentiels
Réunifier la chaîne de commandement autour d’Antar
Si ces conditions sont remplies, l’État pourrait retrouver une forme de cohérence.
Scénarios possibles : stabilisation ou guerre de clans
Le retour du général Hassan peut ouvrir deux chemins opposés :
Scénario 1 : Il impose son autorité, restructure la DGSI, et instaure un rapport équilibré avec la présidence. Cela pourrait marquer un retour à la normalité institutionnelle, avec moins de conflits internes.
Scénario 2 : Il échoue à contenir l’ingérence présidentielle. Les luttes de pouvoir reprennent, affaiblissant davantage les services de renseignement. Ce serait un retour à l’instabilité chronique.
Un tournant décisif pour l’Algérie
Le retour du général Hassan à la tête de la DGSI algérienne dépasse le cadre sécuritaire. Il s’agit d’un acte politique majeur. Le sort de l’État algérien, sa stabilité et sa capacité à fonctionner dépendent de cette recomposition. Dans un contexte régional tendu et face à une pression diplomatique croissante – comme le montre le gel des avoirs d’officiels par la France – l’Algérie ne peut plus se permettre de vaciller.
Si Hassan réussit, il réaffirmera l’autorité d’un État trop longtemps affaibli. Sinon, l’Algérie replongera dans une guerre de clans qui pourrait menacer durablement sa stabilité.

