Ben Milissa : Un retour discret qui soulève de lourdes questions
Le 13 mars 2026, Hicham Ben Ali, alias Ben Milissa, aurait regagné le territoire algérien. Son retour s’est effectué dans la plus grande discrétion. Selon Algérie Part, les services de renseignement algériens auraient négocié sa réhabilitation. À cette date, cet homme d’affaires faisait pourtant l’objet de plusieurs mandats d’arrêt. Ces mandats couvraient les niveaux national et international. Les charges retenues visaient la corruption, le blanchiment de capitaux et le trafic d’influence.
Ce retour intervient dans un contexte particulier. Le 11 janvier 2026, Tebboune avait lancé un appel solennel. Il invitait les Algériens établis à l’étranger à rentrer au pays. Le communiqué officiel du conseil des ministres évoquait des jeunes poursuivis pour des infractions légères. Ces infractions concernaient l’expression politique ou la participation au Hirak.
Cependant, selon Algérie Part, ce ne sont pas des militants politiques qui ont répondu à cet appel. Des hommes d’affaires poursuivis pour des faits financiers auraient, eux, saisi cette opportunité.
Ben Milissa : l’ascension d’un empire sous protection
De dépanneur automobile à magnat de l’immobilier
L’histoire de Hicham Ben Ali illustre un phénomène bien documenté. Dans l’économie politique algérienne, la proximité avec le pouvoir accélère l’enrichissement. En moins d’une décennie, Ben Ali a progressé du statut de réparateur de véhicules à celui de premier promoteur immobilier de l’ouest algérien. Il aurait aussi exercé comme vendeur de chaussures avant de se lancer dans l’immobilier.
À 49 ans, au moment où le scandale a éclaté en 2025, il dirigeait un empire considérable. Son patrimoine comprenait des hôtels, des ranchs, des fermes agricoles et des résidences de prestige à Oran. Il détenait également des biens immobiliers à Paris, à Nice et en Espagne.
Le rôle présumé du directeur de cabinet
Selon Algérie Part, la connexion avec Boualem Boualem aurait tout déclenché. Ce dernier occupe le poste de directeur de cabinet de la présidence algérienne. Ben Ali aurait acquis la villa d’un proche de Boualem Boualem pour 19 milliards de centimes. La valeur réelle de ce bien ne dépassait pas 4 à 5 milliards. Cette transaction constituerait, selon les enquêteurs, un pot-de-vin déguisé.
En échange, Boualem Boualem aurait accordé son parrainage à Ben Milissa. Ce parrainage lui a ouvert l’accès aux crédits bancaires publics. Il lui a également permis d’obtenir des assiettes foncières dans des conditions très avantageuses. Les administrations locales lui auraient réservé un traitement de faveur systématique.
Des liens sont aussi évoqués avec Mohammed Hassoni. Ce conseiller présidentiel en charge des affaires religieuses aurait vu son fils s’associer à Ben Ali dans un projet agricole au sud du pays.
Toutes les personnes citées sont présumées innocentes. Ces affirmations reposent sur les investigations d’un média d’opposition. Elles n’ont pas reçu de confirmation judiciaire formelle.
Des irrégularités aux conséquences humaines
L’affaire Ben Milissa présente aussi une dimension sociale grave. Plusieurs chantiers de la promotion auraient violé les normes de sécurité et d’urbanisme. Ces manquements ont provoqué des éboulements et des accidents. Des vies humaines ont été mises en danger à Oran. En outre, 5 000 logements sont restés en chantier au moment de la fuite de Ben Ali en mai 2025. Des milliers d’acquéreurs se trouvent ainsi dans une situation incertaine.
Ben Milissa : Une cavale de dix mois, deux mandats d’arrêt, un pardon
La chute et la fuite
Algérie Part affirme avoir révélé en premier la fuite de Ben Ali, le 24 mai 2025. Les autorités judiciaires ont ensuite émis un mandat d’arrêt international le 4 juin 2025. Plusieurs membres de sa famille, actionnaires de ses sociétés, ont aussi fait l’objet de ces mesures. Sa cavale a duré près de dix mois. Le 13 mars 2026, il est rentré en Algérie sans interpellation.
Une réhabilitation discrète, une question politique majeure
Le retour de Ben Milissa sans exécution des mandats soulève une question précise. En droit algérien, une telle situation exige une intervention au plus haut niveau de l’État. Aucun individu sous mandats nationaux et internationaux ne peut rentrer librement sans que la présidence lève les obstacles juridiques. C’est du moins l’analyse que formule Algérie Part.
Cette affaire crée une contradiction de fond. Tebboune a répété, lors de plusieurs interventions publiques, que les auteurs de crimes graves répondront de leurs actes devant la justice. Pourtant, Ben Milissa serait rentré sans placement en détention.
Une asymétrie révélatrice
L’appel de janvier 2026 : une promesse non tenue ?
L’appel du 11 janvier 2026 avait suscité des espoirs chez les opposants algériens en exil. Des militants, des journalistes et des activistes du Hirak espéraient rentrer sans risque d’arrestation. Selon Algérie Part, aucun opposant politique de notoriété établie n’a répondu à cet appel. Le seul cas documenté est celui d’un influenceur connu sous le pseudonyme SLB, établi à l’étranger.
Le traitement différencié : une lecture politique
L’affaire Ben Milissa révèle une asymétrie structurelle. Des militants condamnés pour des faits d’expression restent en exil ou en détention. Un homme d’affaires présumément lié à des réseaux de corruption au sein de l’État bénéficierait, lui, d’une réhabilitation discrète.
Cette configuration n’est pas sans précédent dans l’histoire politique algérienne. Elle reflète une tension entre le discours officiel anticorruption et la gestion des réseaux d’intérêts qui structurent le système de gouvernance. Par ailleurs, le régime Tebboune accuse régulièrement les militants de l’étranger d’entretenir des liens avec des puissances hostiles. Or, Ben Milissa aurait lui-même fréquenté des réseaux d’affaires en France et en Espagne. Cela ne lui aurait pas nui.
Scandale Ben Milissa : Implications régionales et enjeux de gouvernance
La corruption comme variable d’ajustement politique
L’affaire Ben Milissa s’inscrit dans un schéma plus large. Les analystes de la gouvernance algérienne l’identifient régulièrement. La justice fonctionne de manière sélective. Elle sert d’outil de régulation politique, non de mécanisme d’application uniforme de la loi. Les procédures contre les hommes d’affaires se déclenchent quand un acteur sort des réseaux de protection. Elles se suspendent quand des arbitrages politiques l’exigent. Cette mécanique fragilise la confiance dans l’État de droit. Elle entretient une économie de rente fondée sur la proximité avec le pouvoir.
L’impact sur la crédibilité de la lutte anticorruption
Depuis 2019, l’Algérie a mené des procès retentissants contre des oligarques liés au système Bouteflika. Les frères Kouninef, Ali Haddad et Issad Rebrab en ont fait les frais. Ces procès ont signalé une rupture avec les pratiques antérieures. Pourtant, l’affaire Ben Milissa suggère une autre lecture. La lutte contre la corruption serait davantage un outil de recomposition des équilibres de pouvoir. Ce ne serait pas un projet de moralisation systématique de la vie économique.
Ben Milissa : Un cas d’école pour comprendre le système algérien
L’affaire Ben Milissa constitue un révélateur précieux. Elle éclaire le fonctionnement interne du système politique et économique algérien sous Tebboune. Elle illustre trois dynamiques structurelles.
Premièrement, les réseaux d’affaires s’imbriquent avec les sphères décisionnelles au sommet de l’État. Deuxièmement, la justice sert d’outil politique de manière sélective. Troisièmement, le discours anticorruption coexiste avec des pratiques clientélistes héritées des décennies précédentes.
Une question centrale se pose à moyen terme. Si les instruments judiciaires peuvent être suspendus au profit d’un homme d’affaires lié aux cercles présidentiels, quel signal cela envoie-t-il aux partenaires internationaux de l’Algérie ? Ces partenaires conditionnent souvent leur engagement à des garanties de prévisibilité juridique.
Le traitement judiciaire réservé à Ben Milissa à son retour constituera un test significatif. Il permettra d’évaluer la profondeur réelle des réformes engagées par le régime Tebboune.



