Belkacem Boukhrouf publie une lettre virulente contre le groupe de Saïd Sadi. Accusations, ripostes judiciaires et fracture démocratique.
Une charge frontale de Belkacem Boukhrouf contre l’entourage de Saïd Sadi
Le climat interne au camp démocratique kabyle traverse un nouvel épisode de tension. Dans une lettre ouverte largement relayée sur les réseaux sociaux, Belkacem Boukhrouf s’en prend frontalement à l’entourage de Saïd Sadi.
Le texte vise plusieurs militants et commentateurs qu’il accuse d’orchestrer, selon lui, une campagne d’attaques personnelles. Il cite notamment Hamou Boumedine, Mahmoud Boudarene et Dadar Derridj comme figures du débat actuel, tout en dénonçant ce qu’il qualifie de « pamphlets » et de « diffamation ».
Dès les premières lignes, le ton est donné :
« Depuis quelques jours, une harde de sbires […] est lâchée contre le RCD, ses militants et autres figures du militantisme dans le camp démocratique. »
Plus loin, il soutient qu’un texte signé par Tarik Fridi aurait en réalité été rédigé par d’autres, puis diffusé dans le but de le discréditer. En réponse, il annonce le dépôt d’une plainte pour diffamation.
Dans sa lettre, Belkacem Boukhrouf met également en cause Saïd Sadi en évoquant de possibles avantages indus. Il écrit :
« Je n’ai pas bénéficié d’un lot de terrain à El Biar pour bâtir une villa louée, en monnaie étrangère transférable, à plusieurs milliers d’euros (vous le reconnaissiez vous-même dans le PV d’audition dans le procès qui vous a opposé à Nordine Aït Hamouda. Ceci est un délit grave et une violation manifeste de la législation et de la réglementation des changes et des mouvements de capitaux). »
Il poursuit :
« Je n’ai pas bénéficié d’un lot de 14 hectares à Bouhlalou avec la complicité de l’ancien wali de Tizi-Ouzou devenu ministre de l’Agriculture sous Bouteflika, Bouazgui pour ne pas le citer (je signale qu’au moins deux de vos relais actuels ont profité des largesses de ce ministre en se faisant octroyer plusieurs dizaines d’hectares dans la région des Hauts-Plateaux). »
Belkacem Boukhrouf ne modère pas davantage son propos lorsqu’il ajoute :
« Je n’ai pas créé une entreprise de travaux bâtiment pour bénéficier de marchés juteux de réhabilitation de sites culturels et patrimoniaux au sud du pays, avec la bénédiction d’un certain Cherif Rahmani, lui aussi ancien ministre sous Bouteflika. »
Ces affirmations relèvent des déclarations de l’auteur de la lettre.
Belkacem Boukhrouf revendique son parcours militant
Au-delà de la polémique, Belkacem Boukhrouf rappelle son ancienneté au sein du RCD. Il évoque la création, en 1992, d’une section « Génération RCD » à Timizart par Abdellah Arkoub. Il affirme avoir été la première recrue à l’âge de quatorze ans.
Il écrit :
« Je peux légitimement me prévaloir du titre du plus jeune militant de l’histoire du RCD. »
La question des détenus d’opinion
Un point cristallise particulièrement la controverse : l’accusation selon laquelle Belkacem Boukhrouf n’aurait pas dénoncé certaines arrestations ni exprimé de solidarité envers des détenus d’opinion.
L’intéressé répond explicitement :
« Ma publication précédente dénonce l’arrestation de Tahar Ouhachi et lui apporte ma solidarité. »
La rédaction estime que cette question mérite d’être posée avec rigueur. Reprocher un silence à un acteur politique suppose d’établir les faits de manière précise. Or, des prises de position publiques existent et peuvent être consultées.
Dans ce contexte, certains observateurs soulignent une contradiction. Lors d’une conférence antérieure, Saïd Sadi avait évoqué les jeunes condamnés dans l’affaire de Larbaa Nath Irathen, liée au meurtre tragique de Djamel Ben Ismail. Il déclarait notamment :
« Et qu’est-ce qui s’est passé à Larbaa Nath Irathen, entre nous… Des jeunes kabyles ont incendié, ont tué et incendié un jeune arabophone, à 60 mètres de la statue d’Abane Ramdane, qui doit se retourner dans sa tombe. »
À la suite de ces propos, le Collectif des familles des détenus de Larbaa Nath Irathen a publié un communiqué critique. Il y est écrit :
« Dans une récente déclaration, Saïd Sadi, autrefois figure politique de renom, a choqué et indigné de nombreux citoyens par ses propos irresponsables et diffamatoires. En insinuant que les citoyens de Larbaa Nath Irathen étaient responsables de l’assassinat brutal d’un jeune arabophone, il a non seulement propagé un discours de haine dangereux, mais il a également trahi sa propre communauté en niant la vérité évidente. »
Il est également allé plus loin en mettant en cause, sans le nommer explicitement, le MAK, qu’il a accusé de véhiculer un discours de haine susceptible, selon lui, d’avoir influencé les jeunes de Larbaa Nath Irathen, auxquels il impute la responsabilité du crime. Il déclarait notamment :
« On ne peut pas penser que des propos irresponsables poussant à la détestation de l’autre ont travaillé d’une manière ou d’une autre ces jeunes-là. »
Il a poursuivi en qualifiant le MAK de « toxine » :
« Il faut faire attention à ce que l’on dit… Et lorsqu’on appelle à un débat serein, il faut toujours qu’il y ait cette toxine qui pollue, qui empêche les gens de réfléchir. Ce n’est pas sérieux, ce n’est pas sérieux », a affirmé Saïd Sadi.



