La désertion du lieutenant-colonel Merouane, officier supérieur de la Direction de la Documentation et de la Sécurité Extérieure (DDSE), fait l’objet d’une enquête officielle en Algérie. Mais les premières investigations, menées par la Direction Centrale de la Sécurité de l’Armée (DCSA), soulèvent un fort soupçon de manipulation politique. Plusieurs diplomates et anciens agents de renseignement ont été interrogés. Cependant, les véritables supérieurs hiérarchiques du fugitif, proches de la présidence, ne sont pas inquiétés.
Lieutenant-colonel Merouane : Un officier de l’ombre au parcours stratégique
Le lieutenant-colonel Merouane dirigeait le Bureau de sécurité et de liaison (BSL) à l’ambassade d’Algérie à Rome depuis 2020. Il figurait parmi les cinq officiers les plus influents du renseignement algérien. Il avait servi à la DGSI puis à la DDSE, où il a accédé à des unités ultra-sensibles. Il gérait notamment le bureau des affaires réservées, chargé du contre-espionnage et des affaires de corruption.
En Italie, pays stratégique pour la diplomatie algérienne, il surveillait les relations bilatérales. Il accompagnait également la famille du président Tebboune lors de leurs séjours à l’étranger. Cette mission sensible, liée directement au palais d’El Mouradia, faisait de lui un véritable « coffre-fort » du régime.
Désertion du lieutenant-colonel Merouane : Une fuite préparée, une enquête en trompe-l’œil
D’après les révélations d’Algérie Part et les enquêtes d’Abdou Semmar, Merouane a préparé sa fuite durant plusieurs semaines. Il a disparu en mai 2025 avec sa famille. Il aurait demandé l’asile politique en Suisse ou en France. Cette défection a provoqué un séisme au sein des services secrets.
En réaction, la DCSA a ouvert une enquête conjointe avec la DDSE. Douze personnes ont été auditionnées, dont des agents de l’ambassade d’Algérie à Rome, des secrétaires, des adjoints et l’ancien patron de la DGSI, le général Nacer El Djen. Ce dernier, éloigné de la chaîne de commandement de la DDSE depuis 2020, a reçu une interdiction de sortie du territoire national (ISTN).
Des absences qui créent le malaise
Les autorités n’ont convoqué ni Boualem Boualem, chef de cabinet de la présidence, ni Amirouche Hamadache, secrétaire particulier du président. Ces deux responsables ont pourtant collaboré avec Merouane. Ils auraient même favorisé sa nomination à Rome. Leur absence soulève de vives interrogations sur l’impartialité de l’enquête.
Pourquoi viser des diplomates subalternes et un général déjà écarté, sans interroger les proches du chef de l’État ? Le spectre d’un règlement de comptes politique plane de plus en plus sur cette affaire.
Lieutenant-colonel Merouane : Une bombe à retardement pour le régime
Le lieutenant-colonel Merouane ne constitue pas un transfuge ordinaire. Il connaît les codes, les failles, et possède probablement des documents sensibles. Sa fuite représente un véritable scandale d’État. Il a eu accès à des informations stratégiques, tant diplomatiques que militaires. Il a fréquenté de très hauts responsables.
Les risques sont multiples : divulgation d’informations à des puissances étrangères, perte de contrôle sur une institution-clé. Ce départ constitue aussi un signal désastreux pour la cohésion interne des services.
Une enquête qui évite les vraies questions
Les autorités n’ont pas cherché à remonter la chaîne hiérarchique. L’enquête semble cibler des seconds couteaux. Aucun responsable direct de Merouane n’est inquiété. Les figures les plus proches du pouvoir échappent toujours à tout questionnement. Dans une Algérie où les enquêtes servent souvent de levier politique, l’affaire Merouane pourrait bien être instrumentalisée.
Cette affaire, loin d’être close, pose une question centrale : qui protège qui, et à quel prix pour l’état algérien ?

