Dans un climat diplomatique de plus en plus tendu entre Paris et Alger, la France s’apprête à activer une mesure inédite : le gel des avoirs d’officiels algériens. Une vingtaine de figures clés du régime, soupçonnées d’ingérences hostiles ou de proximité avec des réseaux d’influence, pourraient voir leurs biens en France gelés. L’annonce, d’abord révélée par L’Express et Le Point, marque une escalade significative dans une relation bilatérale déjà fragilisée par des différends géopolitiques, migratoires et sécuritaires.
Gel des avoirs d’officiels algériens: Une réponse ciblée
Le projet de gel vise un cercle restreint d’officiers, de hauts fonctionnaires, voire de membres influents du renseignement algérien. Il s’inscrit dans un contexte explosif :
L’Algérie refuse de reprendre ses ressortissants frappés d’Obligations de Quitter le Territoire Français (OQTF).
La diplomatie algérienne a vivement réagi à la reconnaissance par Emmanuel Macron de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.
Paris soupçonne certains cadres du régime d’actions d’influence ou de pressions sur des ressortissants franco-algériens installés en France.
À cela s’ajoute l’affaire Boukhors : l’opposant algérien en exil aurait été victime d’une tentative d’enlèvement en territoire français, impliquant des agents liés à l’ambassade d’Algérie.
Une base légale renforcée contre les « actes d’ingérence »
Ce durcissement repose sur l’article L562-1 du Code monétaire et financier, amendé en 2024 pour lutter contre les ingérences étrangères. Il permet aux ministères de l’Économie et de l’Intérieur de geler administrativement les avoirs de toute personne agissant au profit d’un État étranger dans le but de nuire aux intérêts fondamentaux de la Nation.
Ce mécanisme, jusque-là réservé à la lutte antiterroriste ou aux sanctions internationales, pourrait s’appliquer pour la première fois à des membres de la nomenklatura algérienne. La démarche est strictement nationale, car aucune procédure européenne n’encadre à ce jour les sanctions contre des ressortissants algériens.
Des élites algériennes exposées en France
Selon les services de renseignement économiques français, plus de 800 personnalités du régime algérien détiennent des biens immobiliers, des comptes bancaires ou des sociétés en France. Ces actifs représentent une dépendance stratégique : nombreux sont ceux qui scolarisent leurs enfants dans des écoles privées françaises, se font soigner à Neuilly ou possèdent des appartements dans les beaux quartiers de Paris, Lyon ou Marseille.
Le gel de ces avoirs, même temporaire, aurait donc un effet hautement dissuasif, notamment pour les responsables militaires ou sécuritaires, traditionnellement plus exposés à ce type de mesure.
Le précédent russe comme modèle stratégique
L’inspiration est claire : le modèle des sanctions européennes contre les oligarques russes. Depuis l’invasion de l’Ukraine, l’Union européenne a gelé les avoirs de dizaines de proches de Vladimir Poutine, en publiant des listes nominatives. Paris pourrait envisager une démarche similaire, bien que plus discrète : la liste des dignitaires algériens ne serait rendue publique qu’en cas d’escalade majeure.
Le signal politique est fort : la France entend faire comprendre que sa souveraineté, sa sécurité intérieure et son autorité diplomatique ne sont pas négociables.
Gel des avoirs d’officiels algériens: Conséquences géopolitiques régionales
Ce gel des avoirs s’inscrit dans une recomposition plus large des équilibres en Afrique du Nord. Le rapprochement franco-marocain, la montée en puissance des Émirats arabes unis au Sahel, et le refroidissement des relations avec Alger traduisent un réalignement stratégique. L’Algérie, isolée sur le dossier saharien, durcit sa posture, notamment via des alliances tactiques avec la Russie, la Chine et l’Afrique du Sud.
Mais cette stratégie de confrontation pourrait se retourner contre elle si les élites du système se retrouvent privées d’accès à leurs ressources extérieures.
Gel des avoirs d’officiels algériens: Une pression asymétrique, mais symbolique
Il ne s’agit pas, pour la France, d’isoler l’Algérie économiquement ou diplomatiquement. L’objectif est clair : mettre sous pression les circuits d’influence internes au régime pour faire cesser ce qui est perçu comme une série de provocations et d’ingérences hostiles.
Les mesures de gel peuvent donc être lues comme un levier psychologique, davantage que comme une arme de sanction économique. Elles visent les zones de confort de la nomenklatura : la rente immobilière en France, les soins médicaux dans les cliniques parisiennes, ou les circuits de blanchiment via des sociétés-écrans.
Vers un tournant dans les relations franco-algériennes ?
Le gel des avoirs d’officiels algériens n’est pas seulement une mesure technique. C’est un marqueur politique, qui signale un tournant majeur dans la manière dont Paris envisage sa relation avec Alger : moins paternaliste, plus sécuritaire, et fondée sur la réciprocité.
Si cette stratégie dissuasive ne s’accompagne pas d’un dialogue stratégique renouvelé, elle risque néanmoins de renforcer les forces les plus radicales au sein du régime algérien. Reste à savoir si la publication de cette liste de dignitaires gelés – encore officieuse – se concrétisera dans les semaines à venir.

