Le dossier Barrick‑Mali illustre un tournant majeur dans la politique minière de Bamako. Depuis le 16 juin 2025, le complexe aurifère Loulo-Gounkoto, exploité par le géant canadien Barrick Gold, est placé sous administration provisoire par décision de justice. Cette initiative intervient dans un contexte de tensions fiscales, de révision du cadre légal, et de reconfiguration des rapports entre l’État malien et les investisseurs étrangers. Cet article décrypte les faits, les enjeux et les conséquences de ce bras de fer inédit.
Une décision de justice aux lourdes conséquences
Le tribunal de commerce de Bamako a désigné un administrateur provisoire pour six mois. L’État malien confie ainsi la gestion du site minier à Soumana Makadji, ancien ministre de la Santé. L’objectif officiel est de « préserver les intérêts de la nation » en attendant une issue aux litiges opposant le gouvernement à Barrick.
Cette décision fait suite à un conflit ouvert sur la fiscalité minière. Depuis fin 2024, les autorités maliennes réclament à Barrick des arriérés d’impôts estimés à plusieurs centaines de millions de dollars. Elles ont également saisi trois tonnes d’or destinées à l’exportation. En réponse, l’entreprise canadienne a cessé toute opération sur le site en janvier 2025, créant une impasse économique majeure.
Dossier Barrick‑Mali : Pourquoi le complexe Loulo-Gounkoto est stratégique
Située dans l’ouest du Mali, près de la frontière sénégalaise, la mine de Loulo-Gounkoto est l’un des principaux gisements d’or du continent africain. En 2023, elle représentait à elle seule près de 14 % de la production annuelle de Barrick Gold. Cette ressource revêt donc un enjeu stratégique autant pour l’entreprise que pour l’économie malienne.
Avec un cours de l’or atteignant 3 500 dollars l’once, la mine pourrait rapporter plus d’un milliard de dollars par an. Dans un pays où l’or constitue plus de 75 % des recettes d’exportation, ce gisement est une pièce maîtresse de la souveraineté économique.
Le contexte juridique et fiscal du bras de fer
Depuis 2023, le Mali a adopté un nouveau code minier renforçant les droits de l’État. Celui-ci impose des participations publiques accrues (jusqu’à 35 %), augmente les taxes et restreint les exemptions fiscales.
Barrick conteste la rétroactivité de ces mesures et demande un arbitrage international auprès du CIRDI (Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements), une instance affiliée à la Banque mondiale. Le groupe considère que ses droits contractuels sont violés et réclame la suspension immédiate de l’administration provisoire.
Dossier Barrick‑Mali : Une stratégie de nationalisme économique assumée
Le dossier Barrick‑Mali s’inscrit dans une politique plus large de reprise de contrôle sur les ressources naturelles. Depuis le coup d’État de 2020, la junte au pouvoir affiche une volonté de renforcer la souveraineté nationale sur les secteurs stratégiques, dont les mines d’or.
Ce virage a été amorcé avec d’autres opérateurs étrangers, à l’image de Resolute Mining. Certains dirigeants étrangers ont même été interpellés dans des affaires similaires, signalant un climat juridique plus agressif pour les investisseurs.
Quels risques pour le Mali et pour Barrick ?
Du côté malien, cette décision peut rapporter à court terme des ressources fiscales et renforcer la position du gouvernement. Mais elle pourrait aussi effrayer les investisseurs internationaux, freiner l’arrivée de nouveaux projets, et isoler davantage l’économie malienne.
Pour Barrick, le coût est élevé. L’arrêt des opérations engendre une perte mensuelle estimée à 15 millions de dollars, selon BMO Capital Markets. Si le CIRDI tranche en sa faveur, le Mali pourrait être contraint de verser des indemnités colossales pour rupture de contrat.
Dossier Barrick‑Mali : Perspectives et scénarios possibles
Trois issues principales se dessinent :
Un compromis négocié d’ici la fin de l’administration provisoire.
Une prolongation du contrôle étatique, avec un durcissement des conditions pour Barrick.
Un arbitrage international contraignant, dont le verdict pourrait reconfigurer les rapports entre États africains et multinationales minières.
Le dossier Barrick‑Mali marque un moment charnière pour la souveraineté économique du Mali. En prenant le contrôle d’un actif aussi stratégique, Bamako envoie un signal fort : désormais, l’exploitation des ressources naturelles devra se faire selon des conditions plus équitables, sous peine de sanctions.
Mais cette volonté d’indépendance comporte aussi des risques. Le pays joue une partie serrée entre affirmation nationale et crédibilité internationale. À travers cette affaire, c’est toute la question de l’équilibre entre développement, justice fiscale et attractivité des investissements qui est posée.


