Alors que l’Algérie multiplie les offensives diplomatiques contre la France sur fond de gel des avoirs d’officiels algériens, un nom vient illustrer l’hypocrisie criante du régime : Walid Sadi, ministre des Sports depuis novembre 2024. Présenté comme un visage neuf de la « nouvelle Algérie », ce jeune ministre aurait pourtant mené, pendant plus d’une décennie, des affaires florissantes en France. En contradiction flagrante avec la loi algérienne, et en plein cœur d’un système qu’il prétend incarner avec probité.
Walid Sadi: Un businessman discret, mais prospère, à Paris
Entre 2010 et 2020, Walid Sadi aurait géré une entreprise nommée MATIXIM, installée d’abord dans le prestigieux boulevard Haussmann à Paris, puis à Bussy-Saint-Georges, une banlieue résidentielle huppée. Cette société, dirigée d’abord par son épouse puis par lui-même, opérait dans l’import-export de matériaux de construction, notamment du carrelage, du ciment, du marbre, ainsi que des engins de BTP. S’y ajoutaient des opérations immobilières : achat, rénovation et revente de biens.
Jusqu’ici, rien d’illégal… sauf que Walid Sadi était résident fiscal en Algérie tout au long de cette période. Et que la législation algérienne interdit strictement à un résident d’avoir des biens ou de mener des activités commerciales à l’étranger sans autorisation préalable de la Banque d’Algérie — une autorisation quasiment jamais délivrée.
Walid Sadi en illégalité flagrante au regard du droit algérien
L’article 8 du règlement 07-01 de la Banque d’Algérie (février 2007) est clair : un résident algérien ne peut détenir de comptes bancaires, de biens immobiliers ou d’avoirs monétaires à l’étranger issus de revenus générés en Algérie. L’ordonnance 03-11 du 26 août 2003, renforcée par la loi 96-22 de 1996, prévoit des peines allant de 2 à 7 ans de prison, ainsi que la confiscation des biens et une amende équivalente au double de la somme dissimulée.
Dans le cas de Walid Sadi, aucun élément ne laisse penser qu’une autorisation officielle ait été obtenue. Pire encore, cette entreprise, active pendant plus de dix ans, aurait permis à ce futur ministre de bâtir une fortune importante en France, tout en poursuivant sa carrière en Algérie. Il siégeait notamment au bureau fédéral de la FAF depuis 2009, à proximité de Mohamed Raouraoua, l’un des piliers du football algérien.
Un timing révélateur : liquidation précipitée en 2021
Lorsque la vague de répression contre les oligarques algériens s’est accentuée après la crise de 2019, Walid Sadi entame discrètement la fermeture de MATIXIM. L’entreprise est placée en liquidation au tribunal de commerce de Meaux en juillet 2021. Une date hautement stratégique : il s’agit du mois où il annonce sa candidature à la présidence de la FAF, fonction à laquelle il sera nommé un an plus tard, après l’échec de son rival.
Tout indique une volonté de faire disparaître les traces de son passé entrepreneurial en France, afin de se présenter comme un acteur intègre de la vie publique. Une démarche opportuniste, symptomatique de cette élite algérienne qui profite du système tout en proclamant sa moralité.
Walid Sadi: Un ministre d’un régime francophobe… enrichi en France
La contradiction est d’autant plus choquante que Walid Sadi est membre du gouvernement Tebboune, présenté comme le plus francophobe de l’histoire de l’Algérie indépendante. Ce gouvernement n’a eu de cesse d’accuser Paris d’ingérence, d’hostilité culturelle et de néocolonialisme.
Et pourtant, comme l’a récemment souligné Lenumide.com dans son article « Biens mal acquis des officiels algériens : la France complice ? » (30 mai 2025), c’est bien la France qui a permis à de nombreux responsables algériens de s’enrichir, via des circuits opaques, des sociétés-écrans et un laxisme notoire des banques et des notaires.
L’APS défie Paris, mais la vérité rattrape le régime
Face aux menaces françaises de publier une liste de 20 hauts responsables possédant des biens et des avoirs en France, l’Agence de Presse Algérienne (APS) a lancé un défi étonnant : « Chiche, publiez-les ! » Une posture bravache qui contraste avec les révélations successives documentées par notre rédaction :
« L’entourage de Tebboune directement ciblé » (30 mai 2025),
« Gel des avoirs d’officiels algériens : la France franchit un seuil diplomatique » (29 mai 2025).
Ces enquêtes ont mis en lumière le double jeu d’une élite qui dénonce la France publiquement tout en y conservant son argent, ses biens, voire sa nationalité.
Une hypocrisie politique institutionnalisée
Le cas Walid Sadi n’est pas isolé. Il est l’exemple parfait d’un système où le pouvoir algérien dénonce la corruption des anciens régimes tout en reproduisant les mêmes pratiques. Ces nouveaux visages, jeunes, technocrates, sont souvent issus des mêmes cercles familiaux, économiques ou régionaux.
Fils d’une riche famille possédant une entreprise de BTP à Sétif, sponsor local du club ES Sétif, Walid Sadi s’inscrit dans une continuité oligarchique habilement recyclée. La seule différence est dans la communication : désormais, le discours est plus lisse, plus patriotique… mais les pratiques demeurent inchangées.
Une question de moralité publique
Peut-on vraiment moraliser la vie publique quand ceux qui l’incarnent violent les lois qu’ils sont censés faire respecter ? Peut-on exiger de la France qu’elle coopère à la lutte contre la corruption, quand les plus hauts responsables algériens eux-mêmes bénéficient de son système financier et immobilier ?
Le cas Walid Sadi oblige à poser la question d’un audit systématique du patrimoine de tous les ministres, anciens et actuels. Si le régime Tebboune veut se différencier des précédents, c’est sur le terrain de la transparence et de l’exemplarité qu’il doit agir. Sinon, il ne restera de cette « nouvelle Algérie » que le vernis d’un changement de façade.

