Les retraités algériens sont aujourd’hui au cœur d’un enjeu financier majeur entre la France et l’Algérie. D’après le rapport annuel 2025 de la Cour des comptes, la France verse chaque année environ 1,1 milliard d’euros au retraités algériens. Si ces paiements traduisent une dette légitime envers d’anciens travailleurs immigrés, l’institution financière française pointe une fraude aux retraites estimée entre 40 et 80 millions d’euros par an. Une alerte qui relance le débat sur les mécanismes de contrôle, la coopération bilatérale et la transparence des dispositifs sociaux.
Retraités algériens: Une situation héritée de l’histoire migratoire
Les versements de pensions aux retraités algériens sont l’héritage direct des vagues de migration économique vers la France des années 1960 à 1980. À cette époque, des centaines de milliers d’Algériens sont venus travailler en France dans l’industrie, le bâtiment, les transports ou la fonction publique. Ils ont cotisé aux régimes obligatoires de retraite, au même titre que les travailleurs français.
Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui, après une vie active en France, ont choisi de retourner vivre en Algérie tout en continuant à percevoir leur pension. Selon la Direction de la Sécurité sociale française, environ 350 000 personnes installées en Algérie toucheraient une retraite versée par la France.
Des montants conséquents, des contrôles insuffisants
D’après le rapport publié par la Cour des comptes en mars 2025, les pensions versées à l’étranger représentent une enveloppe globale de 3,9 milliards d’euros, dont plus d’un quart (1,1 milliard) est destiné à des bénéficiaires en Algérie.
Ce flux massif soulève plusieurs enjeux. Le premier est budgétaire : dans un contexte de pression sur les finances publiques, la moindre dérive suscite de vives réactions. Le second est administratif : comment garantir que les sommes sont effectivement versées à des retraités encore en vie, toujours éligibles, et dans les conditions prévues par la loi ?
Une fraude aux retraites estimée entre 40 et 80 millions d’euros
La fraude aux retraites versées en Algérie se manifeste principalement à travers la non-déclaration de décès. Un retraité décédé peut continuer à « percevoir » sa pension si l’administration française n’en est pas informée. Dans certains cas, ce sont les proches qui continuent de retirer les sommes sur un compte resté actif.
Selon les investigations de la Cour des comptes, ces irrégularités coûteraient chaque année à l’État français entre 40 et 80 millions d’euros. Ce n’est pas anodin, même si cela représente moins de 10 % du total versé. À titre de comparaison, la fraude au Maroc est estimée à environ 12 millions d’euros pour 400 millions d’euros de pensions versées.

Des failles dans la coopération entre les deux pays
La France dispose d’accords de coopération administrative avec plusieurs pays européens qui permettent un échange d’informations fiable sur l’état civil des bénéficiaires. Avec l’Algérie, ces mécanismes sont moins robustes, voire absents.
Par exemple, lorsqu’un retraité décède en Algérie, les autorités locales ne transmettent pas systématiquement cette information aux services de retraite français. Ce silence administratif, volontaire ou non, crée des zones d’ombre où les fraudes peuvent s’installer.
Le rapport de la Cour des comptes recommande une modernisation des systèmes de vérification, à travers une base de données interconnectée, ou la signature d’accords bilatéraux plus stricts.
Un contexte budgétaire français sous tension
Le timing de cette alerte n’est pas anodin. La France fait face à une crise de ses finances publiques. Le gouvernement cherche à réduire les déficits et à optimiser chaque euro dépensé. Les retraites, qui pèsent plus de 327 milliards d’euros par an, sont l’un des postes les plus lourds du budget.
Dans ce cadre, les pensions versées à l’étranger, perçues comme difficilement contrôlables, sont de plus en plus sous surveillance. Le gouvernement n’a pas annoncé de suppression ou de suspension, mais des contrôles renforcés sont à prévoir.
Les retraités algériens : une population souvent vulnérable
Il est important de rappeler que l’immense majorité des retraités algériens perçoivent leur pension de manière légitime. Ils ont travaillé, cotisé, parfois dans des conditions pénibles, et vivent aujourd’hui modestement dans leur pays d’origine.
Pour ces anciens travailleurs, la pension française représente une source de revenus essentielle, souvent leur seul soutien financier. Leur mise en cause collective dans les débats sur la fraude peut donc paraître injuste, voire stigmatisante.
Un impact sur l’économie informelle algérienne
Un aspect rarement évoqué dans les rapports officiels, mais bien connu des économistes, est que ces pensions en euros alimentent le marché parallèle des devises en Algérie. Appelé localement le square, ce marché permet aux particuliers d’échanger des euros contre des dinars à un taux bien supérieur au taux officiel.
Les 1,1 milliard d’euros envoyés chaque année constituent une ressource importante dans une économie algérienne fortement dépendante des transferts extérieurs. Certains experts estiment que ce flux participe à stabiliser la consommation intérieure, mais également à entretenir des circuits informels de change peu régulés.
Retraités algériens: Un symbole fort des relations franco-algériennes
Au-delà des chiffres, la situation des retraités algériens incarne un lien profond entre deux pays que l’histoire a imbriqués. Les pensions sont à la fois un droit social acquis et un symbole politique, souvent invoqué dans les débats sur l’immigration, la mémoire coloniale, ou les relations diplomatiques.
Une rupture brutale entre la France et l’Algérie pourrait avoir des conséquences graves pour cette population. Si les virements de pensions étaient bloqués pour cause de conflit diplomatique, des centaines de milliers de retraités se retrouveraient sans ressource, sans que l’État algérien soit en mesure de compenser.
La fraude aux retraites versées aux retraités algériens ne doit pas masquer l’essentiel : un droit acquis, fruit de décennies de travail et de contribution au développement de la France. Mais elle doit alerter sur les failles d’un système complexe, qui repose sur la confiance et la bonne foi des administrations concernées.
La réponse ne doit pas être la suspicion généralisée, mais la coopération renforcée. Si l’Algérie et la France souhaitent préserver cette solidarité transnationale, elles doivent moderniser ensemble les outils de contrôle et de gestion. Car au fond, ce sont des vies humaines qui sont en jeu, bien plus qu’une simple ligne comptable.
📌 Sources officielles françaises
1. Cour des comptes – Rapport annuel sur la Sécurité sociale (2025)
Titre : Rapport sur l’application des lois de financement de la sécurité sociale (RALFSS)
Publication : Février/Mars 2025
Contenu pertinent : Chapitre sur les « pensions versées à l’étranger », focus sur les non-déclarations de décès, évaluation des montants fraudés.
Lien probable (à vérifier au moment de la publication) :
👉 https://www.ccomptes.fr/fr/publications
2. Direction de la Sécurité sociale (DSS) – Ministère de la Santé et des Solidarités
Données sur les retraités résidant à l’étranger et les pensions versées par le régime général.
3. Assemblée nationale – Rapports budgétaires sur les retraites
Recherchez dans les documents budgétaires : “PLFSS” (Projet de loi de financement de la sécurité sociale)

