Polisario organisation terroriste : Washington va-t-elle enfin franchir le pas ?
Le Polisario deviendra-t-il une organisation terroriste aux yeux de Washington ? Soutien algérien, drones iraniens, liens djihadistes : l’analyse complète d’une menace régionale.
Le vent tourne pour le Front Polisario. Longtemps perçu comme un simple mouvement indépendantiste, il est désormais présenté comme un acteur menaçant. À Washington, les voix se multiplient pour le classer parmi les organisations terroristes.
Une proposition de loi, portée par le représentant Joe Wilson, relance le débat. Elle vise à reconnaître la nature hybride du groupe, bien au-delà de ses revendications politiques. Les accusations sont lourdes : trafic, alliances avec l’Iran et la Russie, soutien implicite au terrorisme sahélien.
Un tournant stratégique pour les États-Unis ?
Dans une tribune publiée par The Daily Signal, deux experts appellent à un changement clair. Robert Greenway, ancien conseiller à la sécurité nationale, et Amine Ghoulidi, analyste géopolitique, plaident pour une réaction ferme.
Selon eux, continuer à ignorer le danger serait une faute stratégique. Le Polisario, soutenu activement par l’Algérie, aurait franchi plusieurs lignes rouges.
Le texte de la tribune est direct. Il décrit une « menace hybride », mêlant idéologie, militarisme et économie criminelle. Cette combinaison inquiète de plus en plus les experts en sécurité.
Le Polisario organisation terroriste: d’un mouvement séparatiste à une menace hybride
L’analyse du binôme Greenway-Ghoulidi est sans ambiguïté : le Polisario n’est plus un simple mouvement indépendantiste, mais une entité hybride, mêlant activisme idéologique, paramilitaire et économie criminelle.
Selon leurs informations, les combattants du Polisario :
Utilisent des drones iraniens pour surveiller ou frapper des cibles proches du mur de défense marocain.
Taxent les routes sahariennes empruntées par les trafiquants de cocaïne, d’armes et de haschich.
Partagent les routes du Sahel avec des milices soutenues par la Russie, notamment la galaxie Wagner.
Ces faits, s’ils sont avérés, redéfinissent le positionnement stratégique du groupe, qui agit désormais comme un acteur transnational, non aligné, et potentiellement déstabilisateur pour l’ensemble du flanc sud de l’OTAN.
L’Algérie, l’Iran et la Russie dans l’ombre
L’Algérie reste le principal soutien politique, financier et logistique du Polisario. À Tindouf, où sont regroupés les camps contrôlés par la milice, l’organisation bénéficie d’un sanctuaire militaire et diplomatique. Alger couvre les besoins en salaires, fournitures, armes, et appuie les campagnes de lobbying à l’international.
Mais le soutien iranien s’est aussi intensifié. Des officiers du Hezbollah auraient formé des unités du Polisario dès 2018, et des entraînements à l’usage de drones iraniens seraient en cours depuis 2022. L’axe Téhéran-Tindouf, discret mais constant, soulève des inquiétudes dans les cercles de sécurité occidentaux.
Enfin, la Russie apparaît en embuscade. Certains représentants du Polisario auraient été vus aux côtés de vétérans du Donbass, et les convois qu’ils croisent dans le désert se recoupent parfois avec ceux des réseaux affiliés au groupe Wagner. Ce faisceau d’alliances place le Polisario dans un écosystème géostratégique opaque, entre clientélisme régional et grandes manœuvres internationales.
Des précédents passés sous silence
L’article de The Daily Signal exhume un épisode longtemps oublié : en 1988, deux avions de l’USAID avaient été abattus par des missiles attribués au Polisario, causant la mort de cinq ressortissants américains. Aucun acte diplomatique ni militaire ne fut alors enclenché contre les responsables.
Ce silence historique est aujourd’hui remis en cause. Pour les auteurs de la tribune, il symbolise l’aveuglement prolongé des États-Unis face à une organisation désormais perçue comme hostile, utilisant la violence armée pour maintenir une position d’influence dans la région.
Pourquoi classer le Polisario comme organisation terroriste ?
Plus préoccupant encore : les liens documentés avec les groupes terroristes sahéliens. Des rapports internationaux, dont certains émanant du Département américain de la Défense, décrivent la manière dont le Polisario s’insère dans les circuits de contrebande qui financent AQMI ou l’État islamique au Grand Sahara (EIGS).
Le parcours d’Adnan Abou Walid al-Sahraoui, ancien cadre du Polisario devenu chef de l’EIGS, incarne cette porosité entre séparatisme armé et djihadisme saharien. Il montre que les camps de Tindouf peuvent devenir un vivier de recrutement pour des entités terroristes bien au-delà des revendications sahraouies.
Polisario organisation terroriste: Vers une décision américaine ?
Le décret exécutif 13224 permet aux États-Unis de classer une entité comme terroriste. Il suffit de prouver qu’elle constitue une menace pour leurs intérêts ou ceux de leurs alliés.
Aujourd’hui, les éléments s’accumulent. Les États-Unis doivent trancher. Continuer à fermer les yeux reviendrait à tolérer une menace croissante aux portes de l’Europe.
Un test de crédibilité pour les États-Unis
Derrière la question « Le Polisario est-il une organisation terroriste ? » se cache un enjeu plus vaste : la capacité des États-Unis à affirmer leur leadership stratégique dans une zone devenue cruciale pour la sécurité transatlantique.
Le dossier est explosif, tant il engage des partenaires historiques comme l’Algérie, et touche aux équilibres militaires dans une région aussi sensible que le détroit de Gibraltar. Mais la tendance est là : le mythe du mouvement de libération s’effrite, remplacé par une réalité plus sombre, plus violente, et plus connectée aux réseaux terroristes mondiaux.
Washington va-t-elle franchir le pas ? La réponse pourrait redessiner la carte des alliances au sud de la Méditerranée.

