Le 30 mars 2026, Human Rights Watch a publié son 36e Rapport mondial. Le chapitre consacré à l’Algérie constitue l’un des plus étoffés de l’édition. Il documente une année 2025 marquée par des condamnations en série, des expulsions massives de migrants et un resserrement sans précédent de l’espace civique. Pour la première fois, le rapport HRW Algérie 2026 inscrit explicitement ces faits dans la trajectoire politique du régime après la réélection du président Abdelmadjid Tebboune en septembre 2024. Ainsi, ce bilan dépasse le simple recensement de cas individuels : il dessine le portrait d’un système.
Alger n’a pas répondu publiquement au rapport. Cette absence n’est pas nouvelle. Par le passé, les autorités ont régulièrement rejeté les évaluations des ONG internationales comme des ingérences dans les affaires intérieures du pays, opposant l’argument de la souveraineté nationale à celui des obligations internationales. Ce face-à-face entre documentation externe et silence officiel structure depuis plusieurs années la relation de l’Algérie avec les instances onusiennes et les organisations de défense des droits humains.
HRW et l’Algérie : une documentation qui s’épaissit d’année en année
Selon HRW, les autorités algériennes ont continué d’écraser la dissidence et de verrouiller l’espace civique en réprimant les voix critiques et en restreignant les libertés d’expression, de la presse, d’association, de réunion et de mouvement. Cette formulation, quasi identique d’un rapport à l’autre depuis 2020, traduit une continuité de méthode. Cependant, l’édition 2026 se distingue par la densité des cas documentés et la diversité des secteurs touchés.
Le rapport documente une répression continue de la dissidence, ciblant notamment les activistes, journalistes et figures publiques critiques, et conclut à une détérioration continue de la situation des droits humains. En outre, en mai 2025, le Rapporteur spécial des Nations unies sur les droits à la liberté de réunion pacifique avait présenté un rapport documentant la répression et l’intimidation de personnes et d’associations critiques du gouvernement, appelant à supprimer du code pénal l’article 87 bis sur la lutte contre le terrorisme, utilisé de manière inappropriée contre des défenseurs des droits humains, des activistes et des journalistes.
L’article 87 bis et le code pénal d’avril 2024 : des outils de contrôle élargis
Le durcissement législatif constitue le socle sur lequel repose la répression documentée. En avril 2024, l’Algérie a adopté une nouvelle loi répressive sur l’information, qui interdit les financements étrangers et aux personnes dotées d’une double nationalité d’être propriétaires d’organes de presse, s’appuyant sur des termes vagues comme le respect de la souveraineté et de l’unité nationales. Par ailleurs, ces outils législatifs s’articulent avec l’arsenal pénal existant pour produire des condamnations cumulatives.
Mohamed Tadjadit, activiste condamné à cinq ans de prison, a été emprisonné à au moins six reprises depuis 2019 pour avoir exercé pacifiquement ses droits. Le 21 janvier, un tribunal de Béjaïa a condamné Soheib Dabbaghi et Mehdi Baaziz à dix-huit mois de prison pour des faits similaires liés au même mot-dièse. Dès lors, le hashtag #ManichRadi ne relève plus de la simple contestation numérique : il constitue, pour les autorités, un motif de poursuite judiciaire à part entière.
Christophe Gleizes, Boualem Sansal : quand la répression atteint les étrangers
Le rapport HRW Algérie 2026 consacre une attention particulière aux personnalités étrangères ou à double nationalité, dont les cas ont eu un écho international considérable. Le 29 juin, un tribunal d’Alger a condamné le journaliste français Christophe Gleizes à sept ans de prison pour apologie du terrorisme et détention de publications préjudiciables à l’intérêt national, en raison de son travail journalistique, notamment pour avoir rencontré une source affiliée au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie.
Boualem Sansal, un écrivain franco-algérien, a été condamné en appel à cinq ans de prison et 500 000 dinars d’amende. Il avait été arrêté à l’aéroport d’Alger en novembre 2024, inculpé d’atteinte à l’unité nationale et d’insulte à une autorité publique en lien avec des déclarations faites au sujet de la frontière entre l’Algérie et le Maroc. Sansal a été libéré après une grâce présidentielle le 12 novembre.
La société civile et les syndicats : un étranglement systématique
Au-delà des cas médiatiques, HRW documente un étranglement méthodique des corps intermédiaires. Les autorités algériennes ont proposé un projet de loi pour remplacer la loi actuelle sur les associations. À la date de septembre 2025, ce projet ne palliait pas les défaillances de la loi de 2012. S’il était adopté, il octroierait au ministère de l’Intérieur une vaste autorité sur la création, le fonctionnement et le financement des associations, ainsi qu’un contrôle quasi illimité de leurs activités. Human Rights Watch
Le 24 février, les syndicalistes Messaoud Boudiba et Boubaker Habet ont été arrêtés alors qu’ils se rendaient à M’Sila pour soutenir un mouvement de grève, puis placés sous contrôle judiciaire et interdits d’expression publique. Le mouvement de protestation des médecins résidents, entamé en novembre 2024, a également donné lieu à des poursuites : Charaf Eddine Talhaoui a été condamné à dix-huit mois de prison pour diffusion de fausses nouvelles, atteinte à l’ordre public et atteinte à l’intérêt national.
Ces mises en cause s’étendent aussi à des organisations historiques. En mars 2026, l’antenne du collectif à Alger, SOS Disparus, a fait l’objet d’une fermeture administrative. En outre, Nassera Dutour, présidente de l’association SOS Disparus, a été arrêtée à son arrivée à l’aéroport d’Alger, interrogée puis expulsée en France le même jour.
Les expulsions de migrants : un volet sahélien aux conséquences mortelles
Le rapport HRW Algérie 2026 consacre un volet substantiel aux expulsions de migrants subsahariens. Les expulsions ont souvent été accompagnées de traitements abusifs et, dans de nombreux cas, se sont déroulées sans aucun examen des situations individuelles ni aucune procédure régulière. L’organisation non gouvernementale Alarme Phone Sahara a constaté que l’Algérie avait expulsé environ 5 000 personnes vers le Niger entre janvier et avril 2025. Au cours de la même période, elle a documenté au moins cinq décès dus aux abus ou aux conditions d’expulsion difficiles. Le 4 juin, les autorités du Niger ont déclaré qu’au moins 16 000 personnes, dont des enfants, avaient été expulsées d’Algérie rien qu’en avril et en mai.
Une pratique récurrente, un bilan qui s’alourdit
L’ONG nigérienne Alarme Phone Sahara estime à au moins 31 404 le nombre de migrants expulsés d’Algérie vers le Niger en 2024 et dénonce les conditions brutales, avec dans le pire des cas des conséquences mortelles. En mai 2025, cette même ONG estime qu’au moins 5 800 migrants ont été expulsés depuis le début de l’année, accusant l’Algérie de délaisser femmes, enfants et personnes malades à la frontière sud du pays.
Pourtant, Alger maintient un cadre de communication officiel qui présente ces opérations comme des mesures de gestion migratoire légitimes. Aucune réponse institutionnelle n’a été formulée aux chiffres avancés par HRW ou par les autorités nigériennes. De ce fait, le différentiel entre les données des ONG et le silence algérien alimente directement les critiques diplomatiques au niveau multilatéral.
Ce que le rapport révèle sur la trajectoire du régime depuis 2024
L’enjeu analytique du rapport HRW Algérie 2026 dépasse le recensement factuel. Il pose implicitement une question stratégique : la réélection de Tebboune en septembre 2024, dans un contexte de répression pré-électorale documentée, a-t-elle modifié la trajectoire du régime, ou l’a-t-elle simplement confirmée ?
Le président Abdelmadjid Tebboune a été réélu pour un second mandat en septembre dans un climat de répression et de musellement des médias, et en l’absence d’un véritable débat politique. Ainsi, le second mandat s’ouvre sous les mêmes contraintes structurelles que le premier. En revanche, l’intensification du dispositif répressif, mesurée à l’aune du nombre et de la diversité des condamnations, suggère une consolidation du contrôle plutôt qu’une inflexion.
L’Algérie face à ses obligations internationales
Dans ses conclusions, HRW estime que l’ensemble de ces pratiques témoigne d’une détérioration continue de la situation des droits humains en Algérie, appelant les autorités à mettre fin aux poursuites visant l’expression pacifique, garantir les libertés fondamentales et respecter leurs obligations internationales.
Or, l’Algérie est signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). Les États au Conseil des droits de l’homme ont la responsabilité de prendre position contre ces violations, en rappelant aux autorités algériennes leurs obligations en vertu du PIDCP et en exhortant à l’adoption d’une nouvelle loi sur les associations pleinement conforme à ces obligations. Néanmoins, aucun mécanisme de sanction contraignant ne s’applique dans ce cadre. L’efficacité des appels de HRW et des Rapporteurs spéciaux onusiens reste donc tributaire de la volonté des États membres à exercer une pression diplomatique effective.
Le rapport HRW Algérie 2026 ne constitue pas une surprise pour les observateurs de la région. Il confirme, chiffres à l’appui, une tendance documentée depuis la fin du Hirak en 2021 : la dissidence, qu’elle soit politique, syndicale, journalistique ou associative, se traite désormais comme une menace à neutraliser. La question qui reste posée est celle de la réponse des partenaires européens de l’Algérie, qui continuent de privilégier les accords énergétiques et migratoires sur l’exigence de réciprocité en matière de droits fondamentaux.
FAQ – Rapport HRW Algérie 2026
Que contient le rapport HRW Algérie 2026 ?
Le rapport HRW Algérie 2026, publié le 30 mars 2026, documente les violations des droits humains survenues en 2025. Il couvre les condamnations d’activistes liés au hashtag #ManichRadi, la peine de sept ans infligée au journaliste français Christophe Gleizes, les expulsions massives de migrants vers le Niger et le resserrement du droit d’association. Ainsi, HRW conclut à une détérioration continue des libertés fondamentales en Algérie.
Pourquoi Christophe Gleizes a-t-il été condamné en Algérie ?
Le journaliste français Christophe Gleizes a reçu une condamnation à sept ans de prison en juin 2025. Un tribunal d’Alger lui a reproché une apologie du terrorisme et la détention de publications préjudiciables à l’intérêt national. Selon HRW, cette condamnation découle de son travail journalistique, notamment d’un contact avec une source affiliée au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), classé organisation terroriste par les autorités algériennes.
Combien de migrants l’Algérie a-t-elle expulsés vers le Niger en 2025 ?
Les autorités nigériennes ont déclaré que l’Algérie avait expulsé au moins 16 000 personnes en avril et mai 2025 seulement. Sur l’ensemble de la période janvier-avril 2025, l’ONG Alarme Phone Sahara recense environ 5 000 expulsions et documente au moins cinq décès liés aux conditions de ces opérations. Par ailleurs, le bilan cumulé pour l’année 2024 dépasse 31 000 expulsions selon la même source.
Quelle est la position officielle de l’Algérie face aux critiques de HRW ?
Les autorités algériennes n’ont pas répondu publiquement au rapport HRW 2026. Cependant, leur posture habituelle consiste à invoquer la souveraineté nationale et à qualifier les critiques des ONG internationales d’ingérence dans les affaires intérieures. Alger présente généralement les condamnations judiciaires comme des décisions légitimes fondées sur le droit national, sans engager de dialogue avec les instances onusiennes sur le fond des accusations.
Qu’est-ce que le hashtag #ManichRadi et pourquoi a-t-il conduit à des arrestations ?
Le hashtag #ManichRadi, qui signifie « je ne suis pas satisfait » en arabe dialectal algérien, a émergé fin 2024 comme forme de contestation en ligne. Les autorités algériennes ont arrêté plusieurs dizaines de personnes ayant utilisé ce mot-dièse. Elles les ont poursuivies pour atteinte à l’unité nationale, diffusion de fausses nouvelles et insulte à l’autorité publique. En conséquence, certains militants, dont Mohamed Tadjadit, ont reçu des peines allant jusqu’à cinq ans de prison.



